(Litt.) Dans le Gargantua de Rabelais, qualifie les guerres stupides qui opposent Picrochole à Grandgousier pour quelques galettes de froment. Picrochole est toujours en colère, prêt à guerroyer et forme le projet d'impossibles conquêtes.
(Par ext.) Qualifie un conflit entre des institutions ou des individus, aux péripéties souvent burlesques ou attristantes et dont le motif apparaît obscur ou insignifiant.
(Etym.) Dérivé du grec πικρόχολος : qui a une bile amère, acariâtre, acerbe. De πικρός : piquant, aigu, aigre, d'où dur, cruel, irritable et χολή : bile, d'où χολέρα : choléra, colère.
Extraits de la lettre de Michel Offray à François Rabelais parue dans le Magazine littéraire de mars 1994 :
Mon cher François,
L’époque est laide et vous nous manquez beaucoup. Il n’y a plus de géants comme Gargantua, mais seulement des nains, de minuscules homoncules gonflés de leur importance, prêts à éclater (...)
Vous n’avez rien tant chéri que la liberté, me semble-t-il. Dans la langue et dans l’imagination, dans l’esprit et dans la lettre. Vous avez libéré les mots et les corps. Vous avez tordu le monde, déformé le réel, grossi les images, outré les propos, exagéré sans arrêt. Vous avez mis de la liberté partout où régnait la servitude. Vous avez crié là on l’on murmure, vociféré où l’on chuchote, hurlé où l’on papote.
Vous avez convoqué rots et pets, vesses et vesnes, bran et pisse, là où les fausses politesses fomentent les vraies hypocrisies. Vous avez créé des géants, des fleuves, des montagnes, des épopées là où le plus grand nombre se contente de nains, de ruisseaux, de monticules et de faits divers. Vous avez fulminé contre ceux qui « matagrabolisent », c’est-à-dire contre tous ceux qui aiment fatiguer l’esprit avec de longues et impuissantes dissertations à propos de choses vaines et fumeuses. Vous avez manié la tempête, éveillé les furies, joué avec le feu, déchaîné les éléments. Et les petits esprits n’aiment que les petites choses ; ils ne sont grands que par la petitesse, qui, chez eux, est démesurée. Thélème n’est pas pour eux, bien sûr...
Mon supermarché change. Il n'y a pas si longtemps, les fruits et légumes se pesaient à la caisse. Maintenant, le client doit se débrouiller avec une balance et toutes ses touches. Et tant pis pour celui qui ne sait pas lire. Certains lots sont pré-pesés. Parfois, je les pèse : le compte n'y est pas.
Mon supermarché change. Il n'y a pas si longtemps, le tapis de caisse était spacieux. Tout y passait. Maintenant, la direction fait dire au chaland qu'il doit faire passer lui-même les lots de six bouteilles d'eau avec ses muscles. Comprendre : allez donc à la caisse automatique !
Mon supermarché change. Il y a des des caisses sans caissière. Des écrans complexes, une procédure inepte. Et tant pis pour celui qui ne sait pas lire. Un lot de six bouteilles d'eau peut passer comme étant une bouteille. Le vigile intervient. Humiliation.
Mon supermarché change. La qualité de service n'y est plus. L'emploi n'y est plus. Les clients sont déconsidérés.
Entre 1998 et 2008, le fromager du coin a fermé ; le tripier a fermé ; la boucherie chevaline a fermé ; la poissonnerie a fermé ; l'épicerie arménienne a fermé ; le droguiste a fermé ; le quincailler a fermé ; l'épicier qui livrait les bouteilles de gaz a fermé ; le marchand d'électroménager a fermé ; le papetier a fermé.
Mon supermarché a doublé de surface. La qualité de service n'y est plus. Le choix n'y est plus. Le prix n'y est pas. L'emploi n'y est plus.
Fondant de boeuf. Une vieille cocote en fonte trouvée sur le trottoir et ravivée avec des cristaux de soude. Une larme d'huile d'olive avant de jeter les oignons, puis la viande à braiser et les gousses d'ail en robe des champs. Un peu d'eau pour déglacer avec une cuillère en bois. Gros sel (peu), laurier, poivre en grain, baies de genièvre, thym. S'ajoutent au bout de trois heures les poireaux fendus en quatre. Une heure et demi plus tard, les carottes et les racines de panais. On retourne doucement la viande qui fond. Le tout à feu doux, toujours tout doux. Servir, pourquoi pas avec du raifort.
Ce soir, des sensibilités de droite et de gauche se sont retrouvées autour de la marmite. Des élus, des militants, des observateurs de la société civile, des encartés de tous bords. L'heure du dîner pousse à l'intimité, aux confidences et lisse les divergences. L'arc républicain d'Asnières est quelque chose quasiment d'unique en France. Il faut donner un second souffle à ce Grand rassemblement. Lui donner de l'ampleur, faire vivre sa générosité originale. Les conversations se sont tues bien tard dans la nuit. Diapason sur les valeurs et l'avenir. Ce fut une belle soirée.
On me dit que je pèche par modestie et que j'aurais dû inviter (en vedette américaine ?), des têtes de liste ou des responsables politiques pour le café. Il y avait de l'infusion d'ortie, soit dit en passant.